Les derniers indices flash PMIs d’IHS Markit offrent une nouvelle opportunité de taquiner la rhétorique économique du moment. Ce billet propose de replacer ces données dans une logique économique de plus long-terme. La démarche donne l’occasion d’illustrer quelques propositions de ce blog que vous retrouverez en fin de billet.

L’hypothèse d’une reprise de croissance autoportante est récurrente depuis la crise financière. Force est de constater pourtant que le retour ‘à la normale’ tant attendu -des taux de croissance et d’inflation caractéristiques de l’avant-crise- ne s’est pas matérialisé. D’autres mécanismes sont en jeu, des forces que les banques centrales ne sont jusque-là pas parvenues à dompter.

Nos propositions renversent la logique de ‘normalisation’ qui précède. Elles suggèrent que la véritable ‘norme’ de ces 15 dernière années est une contraction de crédit macro-financier, une ‘troisième dimension économique‘ qui retient de longue date l’attention de ce site. Son impact est tel qu’il conviendrait de requalifier les notions de croissance et d’inflation réelles telles que nous les avons pratiquées, c’est-à-dire de les corriger simultanément d’indicateurs de prix et de crédit. La démarche permettrait sans doute de mieux cerner le décalage perceptible entre les observations nominales et ‘vécues’ par la société, de mieux appréhender les effets indésirables de concentration de richesse liés au crédit, et peut-être même de réconcilier certaines relations économiques mises à mal par la crise financière.

Nos propositions s’opposent à nouveau à l’hypothèse d’un rebond de croissance aussi éternel que chimérique.

L’éternel rebond

 

Le Wall Street Journal revient sur les promesses d’un rebond de la croissance américaine, annoncées par des indicateurs … très avancés.

Ce billet reprend les lignes de “U.S. Business Activity Shows Signs of Pickup Against Sharper Global Slowdown”.

 

Source: Wall Street Journal

 

Le graphique qui précède montre l’évolution des indicateurs ‘Flash Composite PMIs’, une sorte de lecture avancée des indicateurs avancés.

On notera la différence de fortune entre les Etats-Unis et le reste du monde en toute fin d’échantillon, une divergence qu’IHS Markit extrapole rapidement en un rebond économique:

“The worst of the economy’s recent soft patch may be behind us,” said Chris Williamson, chief business economist at IHS Markit, referring to the U.S. economy.”

Soft patch?

 

La faiblesse de la croissance mondiale ne date pourtant pas d’hier. Une situation que la nouvelle Présidente de la Banque Centrale Européenne, Mme Lagarde, s’empresse à son tour d’attribuer aux tensions commerciales et géopolitiques. A sa décharge elle n’est pas la seule: ses propos rejoignent ceux du FMI, de l’OCDE, de la grande majorité des banques centrales et de pratiquement tout ce que le monde économique fait de think-tanks, sans oublier naturellement vos stratégies d’investissement préférées.

Autant dire un coupable idéal:

“Ongoing trade tensions and geopolitical uncertainties are contributing to a slowdown in world trade growth, which has more than halved since last year,” she said. “This has in turn depressed global growth to its lowest level since the great financial crisis.”

On en oublierait presque que le tassement du commerce mondial est bien antérieur aux tension commerciales et aux incertitudes géopolitiques citées par Mme Lagarde. On en oublierait également que les tensions sociales, commerciales ou géopolitiques ont une nature profondément causale: elles sont elles-mêmes le reflet d’un cadre économique et financier en pleine mutation. Un cadre macro-financier dont l’impact social n’a que très tardivement été appréhendé par les politiques publiques de l’après-crise, au point d’avoir vraisemblablement attisé la situation.

Le nombre de ‘conséquences inattendues‘ liées aux politiques économiques modernes est considérable. Ne devraient-elles pas faire partie d’un ‘check & balance’ bien plus large de l’action publique? Ce dernier ne devrait-il pas être indépendant des banques centrales? Quant aux tensions sociales et commerciales, à trop vouloir les stigmatiser aujourd’hui après les avoir ignorées, ne risque-t-on pas de produire un effet exactement opposé à celui recherché?

 

QEternity: une emprise monétaire permanente

Au discours de rebond éternel évoqué plus haut -cela fait plus de 10 ans et autant de ‘mini-cycles’ que le rebond peine à se matérialiser-  nous opposons dans le propositions qui suivent les conséquences d’une emprise publique devenue permanente.

 

Notes:
– Les propositions de ce blog sont des hypothèses de travail, une lecture causale du système macro-financier…
– … dont les facteurs d’influence sont regroupés en ‘catégories’.
– Ces dernières constituent ‘l’armature de ce site’: titres, menus et liens sont librement consultables.
– Le propos consiste à étayer, challenger, illustrer, documenter et archiver ces ‘principes actifs’. Sous une forme ou une autre, ils sont à l’origine de nombreuses analyses et stratégies d’investissement.
– L’approche est entièrement ‘open source’ alors que la forme contradictoire est activement recherchée.

 

Propositions :

 

  • Le déclin du commerce mondial, tout comme les pressions sur la croissance mondiale, est largement antérieur aux tensions commerciales;

 

  • La faiblesse de la croissance et de l’inflation sont les manifestations d’un phénomène beaucoup plus profond: la normalisation d’un cycle de crédit macro-financier entamé au début des années 1990;

 

  • Le ‘régime économique’ actuel se trouve, profondément, dans une phase de contraction de crédit dont la crise financière, la crise souveraine, la baisse du prix de pétrole, les turbulences chinoises ou les tensions sociales sont des manifestations …

 

  • … contre lesquelles les autorités publiques se battent à coups de politiques jamais observées, tentées ni-mêmes maîtrisées;

 

  • La crise du repo en est une nouvelle illustration, plus exactement le fait de troquer des enjeux et objectifs de stabilité financière (assurer la liquidité du système) pour une poursuite déguisée de politique monétaire expansive (QE4 … mais ne l’appelez pas ainsi).

 

  • Il s’agit d’un problème de gouvernance publique plusieurs fois soulevé dans ce blog. Ses coûts économiques, financiers et sociaux sont encore mal estimés;

 

La crise du repo a donné lieu à une nouvelle vague de QE, un retournement programmé de la courbe de taux synonyme de nouvelles anticipations de croissance, sans parler d’un énième sur-ajustement de valorisation dont la rhétorique des marchés financiers raffole.

 

Souriez, les marchés sont au plus haut !

 

Jacques

Un blog sur la finance

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