Cet article du bouillonnant Stéphane Garelli soulève une question centrale en matière de politique d’investissement: les ‘conséquences inattendues’ des mesures monétaires non-conventionnelles.

Ces conséquences n’ont hélas rien d’inattendu. Au-delà du manque de transparence auquel l’article de Garelli fait référence, nous pensons qu’elles sont liées à des lacunes de gouvernance qui, poussées à l’extrême et cumulées d’année en année, remettent aujourd’hui en question la stabilité du système économique et financier.

Cette note complète la série de posts intitulée ‘Autorités publiques: chronique d’un échec annoncé‘. Elle introduit deux billets à venir sur quelques rouages de la gouvernance monétaire non-conventionnelle: hasard moral, concentration de pouvoir, conflits d’intérêt et limites des contrôles externes.

Stéphane Garelli publie ‘Quand les banques centrales achètent des actions’ dans le journal Le Temps.

Il s’interroge sur les injections à répétition des banques centrales, les énormes réserves de change dont dispose la BNS et l’emploi de ce trésor de guerre (nous surlignons):

Mais que faire de tout cet argent? Au départ, les banques centrales ont acheté des obligations d’états parce qu’elles sont supposées être sûres. Ensuite, elles se sont tournées vers les ETF et les obligations d’entreprises. Mais ensuite? Les actions?

 “La banque centrale du Japon a été un précurseur en la matière et détiendrait aujourd’hui 98 milliards de dollars d’actions. Elle figure ainsi parmi les 10 plus grands actionnaires de 200 des 225 entreprises cotées sur le Nikkei. Notre BNS n’est pas de reste. Selon les estimations, elle détiendrait pour 125 milliards de francs d’actions une augmentation de 60% en un an – dont la moitié est américaine. On y retrouve Apple, Microsoft, Google, Exxon, Facebook ou General Electric. La Banque centrale européenne étudie également la possibilité d’acheter des actions.”

Garelli s’interroge également sur la politique d’investissement menée par les banques centrales ‘non-conventionnelles’. S’agissant de la BNS, il note :

Notre chère BNS ne nous dit rien et ce que l’on sait nous vient de la Securities and Exchange Commission américaine. Tout au plus, nous informe-t-on que la règle impose une limite supérieure de 20% des réserves de change en actions et que celles-ci doivent être en monnaies étrangères. ” 

Il préconise enfin le lancement d’un fonds souverain sur le modèle de ceux de la Norvège ou de Singapour, dont les statuts poussent vers plus de transparence. Il conclut avec malice:

Une banque centrale qui investit en actions n’est pas un phénomène économique anodin. Les «conséquences inattendues» sur les marchés peuvent être considérables.

Tout cela se résume donc à une question de transparence. Nous en sommes loin. Lors d’une audition au Sénat américain, Alan Greenspan, alors président de la FED, avait répondu à un sénateur: «Si j’ai été clair, c’est que vous m’avez probablement mal compris!» 

Stéphane Garelli vise juste:  les ‘conséquences inattendues’ sont considérables.

 

L’occasion de rappeler quelques propositions :

  • Le risque systémique a passablement augmenté ces derniers trimestres sous l’effet de tensions sociales manifestes
  • Sous couvert de stabilité financière – dont elles ont également la responsabilité – les banques centrales continuent d’intervenir massivement
  • Garelli mentionne une augmentation de 60% du portefeuille actions depuis une année: combien au juste depuis le référendum anglais et l’élection présidentielle américaine ?
  • Cumulées à des outils ‘bizarres’ et mal maîtrisés, repoussées d’année en année, nous pensons que les lacunes de la gouvernance monétaire non-conventionnelle alimentent le risque systémique de manière spectaculaire

 

Les banques centrales se battent à présent contre elles-mêmes.

Jacques

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