Bonjour,

Un billet à la marge des derniers communiqués du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) et de la Banque Nationale Suisse (BNS).

Ce commentaire passe en revue les opinions du groupe d’experts de la Confédération pour les prévisions conjoncturelles, mandaté par le SECO, qui publiait ce matin ses dernières prévisions de croissance pour la Suisse.

L’occasion de porter un double regard critique sur les hypothèses économiques retenues par les experts ainsi que la dynamique de leurs prévisions, c’est-à-dire leur évolution depuis la dernière publication du mois de juin.

 

Un scénario fragile …

Le groupe d’experts souligne les difficultés de l’environnement macro-financier, en particulier l’interaction entre la panne de croissance émergente, les perspectives de croissance globale et plus particulièrement celles de la zone euro. Leur scénario central est basé sur un effet transitoire des économies émergentes sur le commerce mondial ainsi qu’une résilience de l’économie américaine. Dans ces conditions, et sous hypothèse d’un maintien de la croissance européenne, la Suisse devrait bénéficier d’une expansion économique modeste.

 

« La situation économique s’améliorera à condition que la conjoncture internationale reste favorable et, notamment, que la reprise se confirme dans la zone euro.»

«… Il semble donc plus probable que l’économie chinoise continue de croître lentement plutôt qu’elle ne connaisse un ralentissement marqué et critique pour le reste de l’économie mondiale. Comme jusqu’à présent, les impulsions moroses des pays émergents devraient quelque peu nuire au commerce mondial et aux exportations des pays industrialisés au cours des prochains trimestres. Cependant, la reprise conjoncturelle semble assez solide, notamment aux Etats-Unis, mais aussi et de plus en plus dans la zone euro. »

 

Leur scénario alternatif est également apprécié dans une logique ‘cyclique’ sous ‘Risques conjoncturels’:

« Compte tenu du ralentissement marqué de la conjoncture dans les pays émergents, les risques liés à l’économie mondiale ont augmenté par rapport aux prévisions de juin. Si les pays émergents devaient traverser une crise encore plus sérieuse que celle actuelle et influencer davantage la dynamique d’expansion des pays industrialisés, l’économie suisse aurait dans un tel contexte de grandes difficultés à poursuivre son expansion. En outre, dans la zone euro, bien que la crise de la dette grecque soit endiguée, les problèmes de la dette et du manque de compétitivité ne sont pas encore résolus. On ne peut pas exclure que des incertitudes liées à la stabilité de l’Union monétaire réapparaissent et aient des conséquences immédiates sur le cours de change entre l’euro et le franc.»

 

… pour une croissance timide

L’évolution des prévisions est relayée dans le tableau ci-dessous. Il révèle que la timide amélioration de croissance envisagée pour l’année 2015, 0.9% contre 0.8% au mois de juin, est essentiellement basée sur les investissements en biens d’équipement, alors que la consommation domestique, les exportations et importations devraient souffrir de l’appréciation du franc. A noter également la baisse de 1.2%, inchangée depuis le mois de juin, attendue dans le secteur de la construction. Les prévisions 2016 tablent sur un rebond des exportations et une certaine stabilisation dans la construction. On remarquera aussi que la croissance estimée des biens d’équipement diminue de 2.2% en 2015 à 1.4% en 2016, en baisse de 1.7% par rapport aux prévisions du mois de juin.

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Opinion

Ce scénario cumule la fragilité et l’imbrication de ses hypothèses.
Certaines sont bien mentionnées dans le communiqué, mais les plus importantes manquent à mon sens :

  • L’effet transitoire et ‘conjoncturel’ de la normalisation émergente en cours me semble douteux. Bien que nombreux et visibles depuis plusieurs années, les effets structurels des ajustements en cours ne sont pas relevés. Pas plus que les motifs qui ont poussé la plupart des pays européens à se sur-endetter. Ou encore l’impact qu’un très probable renchérissement du service de la dette aura sur la capacité financière des économies concernées (et elles sont nombreuses !).
  • La résilience américaine n’est pas réaliste. Le rôle direct et indirect des économies émergentes sur les économies développées ne se modifie pas en quelques trimestres, ni même en quelques années. Il est probable que la Réserve Fédérale aborde ce point à l’occasion de son FOMC.
  • Le rôle des politiques publiques (QE, taux plancher, dévaluations compétitives, ..) n’est qu’à peine effleuré, alors-même qu’il se trouve au centre de toutes les attentions depuis la crise financière. Leur efficacité est de plus en plus critiquée, précisément parce qu’elles peinent à contrer les forces structurelles mentionnées plus haut. Il est raisonnable de penser qu’une logique structurelle se cache derrière le manque d’efficacité ‘conjoncturel’ des politiques publiques.
  • La légère embellie européenne n’est pas autoportante. Il s’agit bien plus d’un effet retard lié au dernier rebond américain … troisième du nom depuis 2009.
  • Enfin même si l’on accepte les hypothèses du communiqué, pourquoi les entreprises suisses augmenteraient-elles significativement leurs biens d’équipement en période d’incertitude ?

 

Le groupe d’experts a raison d’insister sur les risques qui caractérisent l’environnement macro-financier.

Malheureusement, ils n’ont pas grand-chose de conjoncturel.

Jacques Raemy

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